Homélies du 4ème dimanche de Carême

Deux homélies sur l’Evangile de l’aveugle-né

 

Le récit de l’aveugle-né guéri par Jésus, en saint Jean, fait partie des catéchèses pour les catéchumènes. Le Christ est LUMIÈRE DU MONDE, et il veut éclairer toute notre vie.

Nous venons au monde, dès notre naissance, avec une nature humaine marquée par le péché, mais par le baptême, nous recevons le don de la foi et l’illumination du Christ.

Le Seigneur Jésus-Christ nous a rachetés par son Sang versé pour la multitude.

C’est pourquoi l’apôtre saint Paul nous dit : « Autrefois vous étiez ténèbres  ; maintenant, dans le Seigneur vous êtes lumière. Conduisez-vous comme des enfants de lumière ! »

En ce temps de confinement en raison de la pandémie du coronavirus, nous éprouvons combien nous sommes fragiles, et que le moindre petit virus peut faire trembler notre terre. La mondialisation n’a pas que des conséquences économiques, elle nous fait toucher du doigt que finalement nous sommes tous reliés les uns aux autres. L’humanité ne fait qu’un. Le Pape François parle souvent de ce fléau actuel qu’est la mondialisation de l’indifférence. Ce qui se passe en ce moment en Chine, en Italie, en France, et ailleurs, nous invite à nous aimer les uns les autres.

Cet aveugle de naissance rencontré par le Christ, c’est chacun de nous. Car avant notre baptême, nous étions privés de la vie de la grâce, incapables de connaître et d’aimer Jésus.   Nous ne pouvions plaire à Dieu.

Il ne s’agit donc pas de nous demander comme les disciples de Jésus : « Qui a péché ? »

Ce n’est pas que ceux qui contractent le « Covid 19 » sont plus pécheurs que les autres !

Mais tous il nous faut nous ouvrir à la VRAIE LUMIÈRE qui est le Christ. Lui seul peut éclairer nos impasses, et nous montrer le chemin de la CONFIANCE,  ET DE L’AMOUR.

Si nous sommes unis à Lui, si nous vivons de son Évangile et de son Esprit, nous n’avons pas à avoir peur. Quoiqu’il arrive, le Seigneur s’occupe de nous. Alors veillons à respecter les consignes de sécurité, afin de veiller sur nous-mêmes et à ne pas nuire à la santé des autres par des comportements irresponsables !

Dans le dialogue avec Jésus, ce dernier dit à l’aveugle : « VA TE LAVER A LA PISCINE DE SILOÉ » « L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. » Ce n’est pas quelque chose de difficile que Jésus a demandé à ce non-voyant. Et il a obéi. Et il fut guéri.

Et si dans ce passage d’Évangile, le Seigneur voulait nous faire comprendre que pour retrouver la pleine santé, il faut que l’homme reconnaisse ses péchés, et qu’il en demande pardon à Dieu. A Massabielle, la Dame demanda à Bernadette d’aller se laver avec l’eau de la grotte et de prier pour la conversion des pécheurs.

Dès que cela sera possible, faisons la démarche d’aller trouver un prêtre et de lui demander le sacrement de la réconciliation.

Une chose ne peut que nous frapper aussi dans cet Évangile d’aujourd’hui :

L’aveugle guéri par Jésus doit prendre position pour Jésus ou contre Jésus.  On l’interroge, on voudrait qu’il dénonce Jésus, mais lui prend position pour Jésus et dit : « Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ! »

Trop de chrétiens de nos jours ne connaissent pas vraiment Jésus, et donc ils ne se sentent pas impliqués par Jésus. Demandons au Christ qu’en ces jours de confinement qui pèsent sur notre vie, nous puissions davantage nous ouvrir au Christ qui est le CHEMIN, LA VÉRITÉ, ET LA VIE.

Prions pour tous les soignants qui donnent leur vie en soignant. Prions pour les malades, prions pour les gens isolés. Prions pour nos dirigeants qui doivent prendre des décisions pas faciles. Prions pour que nous soyons plus solidaires les uns des autres. Prions pour la santé spirituelle des croyants. Et pour que nous devenions toujours plus comme le nom de cette piscine de Siloé, des « envoyés » pour nos frères. Amen.

                                                                                  Père Christian Lagarde, Vic-en-Bigorre

 

Nous lisons aujourd’hui cet Evangile de l’aveugle-né en pensant tout particulièrement aux catéchumènes qui ont tâtonné dans les ténèbres et qui ont découvert la lumière qui est le Christ. Chez un futur baptisé, il y a toujours une ardente recherche, dans le noir, de celui qui donnera du sens à sa vie, qui va venir tout illuminer et jeter une clarté nouvelle sur son existence.

L’aveugle-né retrouve la vue mais les yeux de son cœur s’ouvrent aussi peu à peu à la personne de Jésus. Mis en procès par les pharisiens, il est finalement amené à témoigner ouvertement, clairement, de sa foi dans le Seigneur. Au départ il ne sait pas exactement qui l’a guéri. Puis il comprend que cet homme ne peut pas être un pécheur comme l’affirment les pharisiens. Il en vient ensuite à affirmer que ce Jésus doit être quelqu’un qui honore Dieu et fait sa volonté. Enfin il confesse clairement qu’il croit au Fils de l’homme avant de se prosterner devant lui.

Nous sommes rendus témoins de ce chemin de foi. Ce sont un cœur, une intelligence, un esprit qui s’ouvrent au mystère de Jésus jusqu’à l’adoration. La guérison de sa cécité n’était qu’un prélude à l’ouverture de toute son existence au Christ sauveur. On comprend pourquoi Jésus explique à ses disciples le motif de cette guérison : « C’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »

Ce miracle prend l’aspect d’une récréation ; comme si Dieu refaçonnait cet homme avec la glaise du sol appliquée sur ses yeux, à la manière de la première création dans la Genèse.

Et c’est Jésus qui accomplit cela, le Fils par qui tout a été fait, en qui tout a été créé. L’aveugle est précisément guéri à la piscine de Siloé, nom qui signifie « Envoyé » parce qu’on ne connaissait pas, à l’époque, la source qui l’alimentait (source qu’on a retrouvée depuis). On pensait que c’était Dieu lui-même qui avait « envoyé » cette eau dans la ville sainte. Ce n’est pourtant pas l’eau qui guérira l’aveugle, mais l’Envoyé du Père, Jésus qui – on l’a lu la semaine dernière dans l’Evangile de la Samaritaine – est venu, non pour faire sa volonté mais la volonté de celui qui l’a « envoyé ». La mission de Jésus est précisément de sortir l’humanité de l’aveuglement, de la nuit dans laquelle elle est plongée.

Et c’est précisément ce que Jésus fait avec cet homme. Certains sont persuadés qu’il est aveugle parce qu’il était plongé dans le péché depuis sa naissance et que sa cécité n’était qu’une punition pour lui ou pour ses parents. Mais Jésus ne pose pas un tel jugement. Il guérit, il suscite la foi. Il sait trop bien que l’aveuglement de cet homme n’est pas la conséquence d’un péché personnel. Ce qu’il veut, c’est réconcilier l’homme avec Dieu son Père. C’est restaurer la confiance en Dieu dans le cœur de l’homme. Parce que, détourné de Dieu, l’homme s’égare ; il ne voit plus le chemin ; il fait des créatures ses idoles ; il ne voit plus où est son bien, où est le juste, le vrai, le bon. Loin de Dieu, l’homme est égaré, livré à lui-même, sans boussole ; il est seul, nu, et il se cache ; il ne voit plus le sens profond de son existence ; il ne comprend plus qu’il est aimé inconditionnellement et qu’il a vocation à devenir enfant de Dieu. Voilà la condition dans laquelle il se trouve et à laquelle Jésus veut l’arracher. Et il le manifeste avec puissance à travers la guérison de cet aveugle.

Il est très beau de remarquer, dans cet Evangile, l’humilité et la discrétion de Jésus. Il guérit puis il s’efface. Il réapparaît ensuite pour réconforter l’ancien aveugle et recueillir sa profession de foi. Le bien ne fait pas de bruit. Le salut se fait en profondeur, pas en se mettant en scène. La grâce est à l’œuvre en mode mineur, comme cachée par le bruit du monde.

Parce que, ce qui fait du bruit, ce qui occupe la scène, ce sont les pharisiens qui enquêtent et accusent. Dans le long récit de l’Evangile, leur interminable enquête pointilleuse et tatillonne, occupe tout l’espace ; afin de condamner cet homme et de condamner Jésus. On ne peut s’empêcher de voir là le jeu du démon qui est l’Accusateur par excellence et qui suscite cette logique de procès à charge. Alors que Jésus fait naître la vie, la foi, l’espérance, la réconciliation avec le Père des cieux. Jésus ouvre un avenir là où les pharisiens cherchent à le fermer.

C’est pourquoi le Seigneur déplore leur suffisance. C’est elle qui les aveugle : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons’, votre péché demeure. »

Voilà ce que nous pouvons demander pour nous : la grâce de sortir de nos aveuglements. Non pas en nous accusant mais en laissant Jésus venir nous guérir, nous recréer, accomplir en nous son travail de lumière.

La lecture du livre de Samuel nous éclaire d’ailleurs sur un aveuglement premier. C’est celui qui consiste à regarder avec les yeux, disons, de la chair, du monde. C’est-à-dire selon les critères de la mondanité pour reprendre des termes utilisés par le pape François. Au moment de choisir celui qui est appelé à recevoir l’onction, le prophète Samuel se fie d’abord à l’apparence physique et à la taille. Or le Seigneur lui demande de poser un autre regard : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence mais le Seigneur regarde le cœur. »

Le Seigneur éduque le prophète Samuel et Jessé, le Père de David, à convertir leur regard et à voir avec les yeux de Dieu. Dans notre vie spirituelle c’est précisément l’objet des dons de connaissance et d’intelligence.

Le don de connaissance nous apprend à nous regarder nous-même dans le dessein de Dieu. Il nous donne la connaissance de nous-même et du projet de Dieu sur nous. C’est lui qui nous fait comprendre que nous avons été créés chacun de manière unique ; et que nous avons chacun une mission, une place dans le monde. C’est ainsi que ce don me fait comprendre la beauté de mon existence, sa grandeur, sa valeur. Il me fait comprendre ce que je suis aux yeux de Dieu, pourquoi Dieu m’a créé, quel regard il porte sur moi. Ce don qu’on appelle aussi le don de science s’oppose alors au scepticisme, à la vision d’une vie dépourvue de sens, de finalité ; à la vision d’une humanité qui avance sans but et qui n’est créée en vue de rien, qui ne serait qu’un agrégat d’individus juxtaposés les uns aux autres, décidant chacun ce qui est bien et ce qui est mal.

  

Le don de connaissance nous permet de combattre la déprime, la lassitude profonde de la vie, un désenchantement, un ennui de l’existence dans lequel on peut s’enfoncer en perdant l’espérance. C’est ainsi qu’il nous arrache à une forme d’aveuglement sur nous-même.

Le don d’intelligence, lui, nous permet de comprendre le monde, les évènements de notre existence, les réalités de la foi avec le regard de Dieu. Il nous permet donc de passer du visible à l’invisible. De ne pas voir seulement ce qui saute aux yeux, mais de voir aussi ce qui est caché dans les cœurs. Le don d’intelligence nous protège des idées toutes faites, des regards de surface, des opinions rapides, des jugements à l’emporte-pièce sur une attitude, un visage, un évènement, une parole.

Par lui, Dieu nous fait partager l’intelligence qu’il a de lui-même et de toute réalité. Et face au doute, le don d’intelligence nous remet dans un climat de foi, dans le regard de Dieu.

Voilà pourquoi ce don est à cultiver en ce moment de confinement et de questionnement sur la façon dont, dans notre société si fière de sa technologie, de son organisation économique et financière, de ses capacités à anticiper pour mieux contrôler, tout est bouleversé par l’arrivée d’un virus. Dans cette période d’isolement, nous nous retrouvons face à nous-mêmes. Beaucoup de petits problèmes ou de polémiques du quotidien sont remis à leur juste place. Nous voilà en famille, avec notre conjoint, avec nos enfants ou en communauté. Empêchés de fuir dans l’action ou dans la consommation, nous devons nous recentrer sur ce qui fait notre lien entre nous, sur ce qui, finalement, nous fait tenir debout. Et c’est pour cette raison que ce confinement peut être un temps de grâce. Si nous nous laissons éclairer par l’Esprit Saint.

« Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! » Voilà David, choisi par Dieu, appelé par le Seigneur, selon ses critères à lui. « Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là. » Le jour de notre confirmation nous avons reçu l’onction pour que les dons du Saint-Esprit nous soient donnés en plénitude. L’Esprit du Seigneur s’est emparé de nous à partir de ce jour-là. Sur chacun et chacune de nous, en effet, le jour de la confirmation, le Seigneur a dit : « Donne-lui l’onction, c’est lui ! ». Nous sommes depuis revêtus de la force et de la lumière du Saint-Esprit. Rendons grâce à Dieu pour ces dons précieux qui nous font vivre de sa vie éternelle et nous arrachent à la nuit !

Nicolas BROUWET, Evêque de Tarbes-Lourdes 

 

 

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